


Chez un individu séjournant suffisamment longtemps en zone d'endémie (plusieurs semaines et environ un millier de piqûres de moustiques) pour se faire piquer de multiples fois par des moustiques porteurs du parasite, les larves du parasite (microfilaires) pénètrent massivement dans l'organisme et circulent dans le système sanguin et lymphatique. Elles se transforment en filaires adultes (macrofilaires).

Le système lymphatique est constitué par un ensemble de ganglions et de vaisseaux lymphatiques formant un réseau. Le système lymphatique joue un rôle fondamental dans les processus d'immunité et de défense de notre organisme, les ganglions lymphatiques y jouent un rôle de filtre.
Le système lymphatique contient de la lymphe (liquide très proche du sérum sanguin). Il maintient un certain équilibre hydrique entre les tissus et le sang ; la lymphe circule des organes (et des membres) vers le cour ; le canal thoracique est le vaisseau lymphatique principal dans lequel aboutissent tous les autres vaisseaux, il gagne ensuite les grosses veines centrales près du cour.
Dans le cadre de la filariose lymphatique, lorsque des filaires obstruent les vaisseaux lymphatiques, ils gênent la remontée de la lymphe vers les grosses veines.
> Consultez notre rubrique mieux comprendre en images : Le système lymphatique
La phase d'invasion de l'organisme par les microfilaires correspond à la phase aiguë de la maladie : elle se manifeste par des lymphangites aiguës (inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques), qui s'accompagnent de poussées de fièvre, de lymphangites superficielles et d'adénopathies (hypertrophie des ganglions lymphatiques).
Un syndrome pulmonaire peut aussi apparaître : le poumon éosinophile. C'est une manifestation allergique associée à de l'asthme et la présence d'éosinophiles (cellules lymphocytaires présentes lors d'allergies) dans les bronches.
La phase chronique est constituée de symptômes spectaculaires caractérisant la filariose : elle est le résultat de la stagnation des vers adultes dans les vaisseaux lymphatiques.
Cette présence des vers dans ces vaisseaux lymphatiques constitue un obstacle à la circulation de la lymphe, celle-ci stagne en amont, c'est-à-dire au niveau des membres supérieurs et inférieurs et de certains organes. Des oedèmes se forment alors, ce sont des lymphoedèmes. Du fait de la longévité du ver (une dizaine d'années), ces oedèmes « s'organisent » et donnent au bout de quelques mois des déformations handicapantes :

Certains sujets infestés par des filaires ne présentent aucun symptôme clinique. Des études ont montré que ces personnes apparemment saines pouvaient souffrir de pathologies lymphatiques latentes et de lésions rénales.
Prise de sang
Pour confirmer le diagnostic de filariose lymphatique, les médecins disposent de plusieurs techniques.
La plus classique et la plus fiable consiste à analyser un échantillon sanguin et à visualiser les microfilaires. Mais, l'examen doit être effectué lorsque les parasites circulent dans le sang, en l'occurrence la nuit pour la filariose lymphatique (d'autres filarioses comme la loase ont une activité diurne , les filaires circulent dans le sang dans la journée).
Une sérologie peut être demandée : son principe est de rechercher des anticorps (molécules fabriquées par l'organisme, spécifiques pour se défendre contre les filaires). Mais ces tests sont peu spécifiques ; il existe de nombreux faux négatifs (l'examen ne montre pas d'atteinte alors que le patient est porteur de ce parasite) et des faux positifs (le patient a un résultat positif alors qu'il n'est pas atteint par le parasite ; en effet, il existe des réactions croisées avec d'autres agents infectieux).
> Consultez notre rubrique examen expliqué : Mise en évidence de Wuchereria bancrofti
Imagerie
Le développement des techniques d'imagerie a fait progresser la prise en charge de la maladie : les médecins ont notamment pu observer des anomalies des vaisseaux lymphatiques chez des malades présentant des signes de filariose et même chez des personnes asymptomatiques néanmoins porteuses du parasite.
L'échographie apporte sa pierre à l'édifice dans la lutte contre la filariose lymphatique: elle permet de visualiser les vers adultes et des dilatations lymphatiques anormales.
Recherche du parasite dans les moustiques : la PCR
Des chercheurs de l'institut Malardé en Polynésie française ont élaboré un test PCR (Polymerase Chain Reaction) qui permet de calculer, dans une population de moustique, le pourcentage d'individus infectés, ce, sans analyser les insectes individuellement.
Ce test est un excellent outil de laboratoire pour suivre le taux d'infection des moustiques au cours d'un programme d'éradication de la filariose et en estimer l'efficacité.
> Consultez notre rubrique examen expliqué : La technique PCR
